o kaïmenos

Publié le par Lafer Boualem

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Aucune voies n'était tracée parmi les méandres de la solitude. El Magdoud recherchait ce havre de plénitude onirique, qu'il n'avait jamais su voir quand dans ce lointain pays, il le tenait au fond du regard de Magdouda. Les lieux défilaient au rythme des jours et lui errait sans boussole. Il ne retrouvait plus l'ornière salvatrice qui le ramènerait vers lui-même. Là-bas, plus à l'Est à l'ombre de Vitosha.

Allongé sous un eucalyptus, il se voit saumon retournant copuler une dernière fois et se reposer sur un lit de laurier à l'ombre de l'olivier des ancêtres, égayé de bout de chiffons multicolores. Les caresses des premières pelletés de terre ensevelissent les anciens tourments désormais inutiles.

C'était par un beau jour d'été que El Magdoud, accompagné de Rifkélé entrepris la montée des Rhodopes vers Gradetz; petit village accroupi au fond d'une vallée. Le ciel était bleu, aussi bleu que sur les sachets de sucre des cafés du boulevard Vithosha. Emilian le Sophiote leur ouvrait la voie, défrichant les chemins ambigus qui menaient vers ces assemblées où « l'oignon fait la force  ». Martha souriait à cette crédulité infantile.

Arrivés à Biala Tsrkva, ancien poste frontière turc, une grappe de paysannes aux fichus multicolores s'adonnaient à la cueillette de champignons pour les délicats palais italiens.

En fin d'après midi, quand le soleil daigna être plus clément, El Magdoud se leva, il enroula la vieille couverture poussiéreuse et la cacha sous un buisson. Il émergea du bosquet et rejoignit la ligne de chemin de fer jusqu'au pont qui enjambait le canal d'irrigation. C'était là le hammam de toute la faune de clandestins qui travaillaient alentour à la cueillette des tomates. Sous le pont, El Magdoud se déshabilla et s'immergea dans l'eau glacée. Dans un bruit assourdissant, un train passa au dessus de sa tête et en un réflexe qui se voulait salvateur il plongea sous l'eau et bu la tasse tellement le convoi était long

De retour au village, El Magdoud se dirigea vers la taverne où,Yorgos, le vieux tavernier lui faisait crédit. Il s'installa sous l'énorme ventilateur qui brassait lentement un air chaud parfumé aux odeurs de fritture. El Magdoud commanda une salade paysanne et le plat du jour. Ce jour-là c'était des fleurs de courgettes farcies d'un je ne sais quoi et parfumées à la coriandre. D'autorité Yorgos déposa sur la table un kilo de retsina «apto varelli » du tonneau et un verre qu'il inaugura sur le champ.

A la première bouchée, un énorme rat, sortant de derrière l'amas de caisses de biere entassés dans un coin traversa nonchalament la salle et disparu au tournant du comptoir-vitrine où étaient exposés les mets.

Un kilo de retsina appelant l'autre, El Magdoud se retrouva chantonant l'air du petit garçon qui parlait avec la mer « Momtcheto koeto govori c moreto », une belle chanson bulgare.Il avala d'un trait le reste de retsina à même le pot et s'en fut à la recherche du bosquet d'eucalyptus, titubant sur des trottoirs qui lui semblaient inégaux. Dans sa langue maternelle il maudit Dieu et sa progéniture de ne pas avoir pensé aux pèlerins qui s'en revenaient des temples que Dionissos, essaimait aux abords des chemins.

La fille était là...

Elle s'appelait Magdouda.

« Lorsqu'elle laisse flotter sa chevelure, un
suave parfum s'en dégage. Ses
sourcils forment deux arcs bien
dessinés, telle la lettre noun, tracée
dans un message.
Ton oeil ravit les coeurs, telle une balle de
fusil européen, qui aux mains des
guerriers, atteint sûrement le but.
Ta joue est la rose épanouie du matin, et
le brillant oeillet; le sang qui l'arrose
lui donne l'éclat du soleil.
tes dents ont la blancheur de l'ivoire, et,
dans ta bouche étincelante, la salive
a la douceur du lait des brebis ou du
miel qu'apprécient tant les gourmets.
Admire ce cou plus blanc que le coeur du
palmier. C'est un étui de cristal,
entouré de colliers d'or.
Ta poitrine est de marbre; il s'y trouve
deux jumeaux, que mes mains ont
caressés, semblables aux belles
pommes qu'on offre aux malades.
Ton corps a la blancheur et le poli du
papier, du coton ou de la fine toile de
lin, ou encore de la neige, tombant
par une nuit obscure. »1

El Magdoud etait fasciné par ce moule de toile recroquevillé sous son eucalyptus.la forme lui rappelait une ancienne rencontre, un soir de plein brouillard parmesan sur le bord de l'oued. Une bicyclette aveugle le bouscula. Déséquilibré, il s'accrocha à une paire de seins encore jeunes. C'était une époque travestie. Tous deux, ils eurent le même réflexe. Comme deux chiots perdus dans la nuit et le brouillard, ils se humèrent puis se sourirent. Ils se promirent de visiter la Chartreuse.

El Magdoud enroula lentement ce qui lui servait de couchage, presque amoureusement, il l'atacha avec vune vieille ficelle; le remercia pour tout les services rendus et le jeta de toutes ses forces dans le canal.Il le regarda s'éloigner dans le courant, se sourit à lui-même et s'en retourna lentement, comme au retour d'un enterrement à la gare.

C'est par un matin de tempête qu'El Magdoud atteignit la « fin de la terre » et enfin l'océan. Les eaux étaient furieuse et semblaient vouloir le refouler vers l'Est. Cet Est qui l'apprivoisa un moment. Asisz seul sur la grève, il regarda en lui-même et mélangea le peu de larmes restantes à la bruine des vagues.

L'image flou de la chevelure qu'il avait tant caressée emmergeait de l'onde, à quelques mètres seulement du rivage et l'appelait vers les profondeurs siennes.

 

 

 

1http://isserois.blogspot.com/2008/05/la-plus-belle-chanson-damour-hizia.html

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