Mémoire d’exil ou De la beauté des choses
Je suis né le même jour que Aïssa, le fils de marie, notre Meriouma, vingt siècles plus tard, auxquels je rajouterais quarante huit ans, dans le petit hameau de Hamlili, aujourd’hui Université libre qui a acquît sa place sur la toile. Sa doyenne, Fatma-Zohra Bouguesba, de par sa mère kurde, ma grand’mère cultive encore la sagesse musulmane. La foi : C’est entre toi et ton putain de Dieu.
Le Roumi est arrivé. Les ancêtres grimpaient toujours un peu plus vers les sommets des montagnes, préservant ainsi leur culture berbère. Ils assagirent les vallons. Les tortues étaient libres. Enfants, nous les mettions sur le dos pour mieux les asservir.
Les maquisards devenaient contes en ces montagnes qui ne vivaient que la nuit. Ils berçaient nos rêves en devenir.
Frustrés de révolution, nous (ma génération) prîmes d’autres armes faites de lecture mal assimilée d’un « Chto Delaï ? » d’un certain Illich Oulianov.
Clandestins d’une O.R.P., Organisation de la Résistance Populaire, au lendemain du coup d’état du 19 juin 1965, Larbi Oucherif et Habib Kharroubi débarquèrent à la ferme autogérée dont j’ai oublié le numéro. Toujours est-il que la poste admettait encore, en ce temps-là le nom de sainte Louise. J’y reviendrais.
Deux « citadins » à la campagne ne pouvaient y résider longtemps. Je leur ai proposé Hamlili, ce hameau dominant la ville de Blida. Oucherif est arrêté, il fut exposé à la terrasse du café Seksikou, place des mûriers, entouré de quatre agents de la sécurité militaire. Je n’ai pas de souvenirs précis de ce que devint Kharroubi.
De ces souvenirs fragmentaires, il ne me reste que quelques flashs de ces années d’adolescence. Un amour frustré. Baya, le premier amour, que l’alphabet latin nous mit, elle devant et moi derrière dans la salle d’examen du premier Bac. C’était la genèse de la mixité dans un pays aux interrogations multiples.
Amoureux, nous avons loupé ce premier pas. alors que je venais de redoubler ma Première, faute d’avoir été reçu au premier Bac, je fus approché par Youcef, futur Pepik des hospodas praguoises, mon frère.
Inconscients des jeux politiques de nos futurs dictateurs, nous étions prêts à être les futurs martyrs post-indépendance, par complexe d’être nés quelques années après les aînés qui firent l’histoire officielle du pays.
Aujourd’hui, la lucidité est un exil construit, une porte de secours, le vestiaire de l’intelligence. Une maladie qui mène à la solitude.
Le premier novembre 1967, en tant que dirigeant fédéral de la jeunesse du F.L.N., je suis invité officiellement à la cérémonie qui devait se dérouler au centre culturel de la ville. Blida. Mon responsable, (appelons le Y. J’en parlerai plus loin) de ce qui est désormais devenu le P.A.G.S ( Parti d’Avant Garde Socialiste) m’informât que je devais être arrêté en douceur après les festivités. Il m’exfiltra.
L’organisation triangulaire permettait d’enlever une tête pour préserver l’organisation. Je me rendis à Sidi el kebir, Lounici devait être arrêté avant moi, je me devais de le faire entrer en clandestinité. Il refusa parce-qu’il devait se marier dans la semaine. C’était à moi de disparaître pour préserver tout ce qui se situe en aval. Ils n’ont jamais été inquiétés.
Y. m’a accompagné chez ma mère. Un « copain » dont je ne me rappelle plus le nom, mit sa voiture à notre disposition.
A ma mère, je dis qu’il fallait brûler tous les documents, elle l’analphabète se réveilla avant l’aube, ramassa tout ce qui ressemblait à des écrits et s’en fut rendre visite à une tante qui avait un jardin, non loin de chez elle. Le feu purifia les futurs souvenirs.
Ayant résolu ce problème, Y. le chauffeur inconnu et moi, nous sommes dans les environs de Bouira ; un douar où nous sommes reçus, je crois me rappeler que ce fût une ancienne S.A.S. que l’armée française avait construit. Malgré l’heure tardive, notre hôte égorgea un poulet et nous avons eut droit à un couscous. J’ai un vague souvenir que sa femme ce soir-là accoucha dans cette promiscuité militante.
Le lendemain, je me rendit à la gare pour téléphoner à Blida au siège de la fédération de la J.F.L.N. On m’apprit les arrestations et que désormais j’étais recherché. Je pense que Lounici a parlé avant d’arriver au commissariat. Il n’a pas respecté les quarante huit heures de silence nécessaires à l’organisation pour couper tout lien qui permettrait à la police de remonter vers les instances supérieures.
Une autre cellule a été démantelée, celle du lycée Ibnou-Rouchd, Thami, futur Commandant aux confins du Sahara occidental s’est fait prendre pour avoir déposé dans la boîte aux lettres de ses collègues-pions les tracts et journal du P.A.G.S. Tout cela bien sûr convergeait vers le " Che".
Je ne me rappelle pas qui m’a surnommé ainsi. La barbe a toujours fait partie de moi-même. Le premier rasage s’est fait à la prison militaire de Boufarik ; j’avais dix neuf ans. Le barbier était un « collègue », un vulgaire détenu que l’administration militaire désigna à cette fonction. Bien avant le dérèglement du et des temps, cet hiver-là fut froid. En ce décembre 1967, le bassin dans la cours était toujours gelé. Avec les compagnons d’infortune, nous cassions la glace sous le regard d’Amchiche, il avait vraiment une gueule de chat. Il était le seul, parmi les gardiens qui appliquait le règlement à la lettre. Quand, après quelques mouvements d’échauffements, nous plongions dans le bassin, la solidarité entre détenus transformait, par frottement mutuel, en hammam virtuel, une saloperie militaire.
Dans la cellule, relativement grande, nous étions une douzaine. Quand les gendarmes m’ont accompagné à cette villa qui ne dénotait pas des autres sur ce grand boulevard de Boufarik qui mène vers alger ? Avec Y. ce ne fut pas un choc ; nos lectures nous permettaient d’être.
Anecdote : Arrivés dans cette prison-villa en plein boulevard, J’avais envie de faire caca. Le gardien, je l’ai analysé des années après, m’autorisa à me rendre aux toilettes, porte ouverte. En sortant, je vis Y. s’habillant. Le militaire me demanda de me déshabiller à mon tour. Nu, je me suis courbé et… j’ai toussé. Rien n’est sorti.
Je reçu une paillasse de crin et une demi-couverture. Il faisait froid en cet hiver-là. La demi-couverture nous condamnait à être et ou prendre la position du fétus. C’était l’hiver. Février arriva. Le soleil d’au dessus le grillage qui organisait notre regard, nous chantions ‘Arrouss el bahr.
Abd el ghaffar, officier ayant gagné ses étoiles comme sous-marin en Europe pour l’achat d’armes pendant la guerre d’indépendance, copain de cellule. Fils de grande tente de Mascara et tout le respect que cela nous impose. Aujourd’hui, Je me prosterne auprès de toi en cette prison où tu nous répétas la conclusion du juge militaire, le jour de ta condamnation inique, toi qui ne voulais que retrouver une vie civile : « Khams snine oua ‘annde Allah yetsamhou l’érouah » cinq ans et chez dieu, les âmes se pardonneront.
‘ammi Mohamed, voisin de paillasse, déjà vieux à mes yeux, tenait une boutique de fruits et légumes à El-Biar, un quartier sur les hauteurs d’Alger quand la S.M. (sécurité militaire, vraie police politique) le cueillit le lendemain de l’évasion de Aït Ahmed. Son drame : être le beau-frère d’un des pères de la révolution. Un matin, Amchiche ( le chat en berbère ) l’appela et le fit sortir de la cellule avec son maigre ballot. Vingt ans plus tard, par le plus grand des hasard, place de la république à Paris, une brasserie et j’avais faim.
Le Roumi est arrivé. Les ancêtres grimpaient toujours un peu plus vers les sommets des montagnes, préservant ainsi leur culture berbère. Ils assagirent les vallons. Les tortues étaient libres. Enfants, nous les mettions sur le dos pour mieux les asservir.
Les maquisards devenaient contes en ces montagnes qui ne vivaient que la nuit. Ils berçaient nos rêves en devenir.
Frustrés de révolution, nous (ma génération) prîmes d’autres armes faites de lecture mal assimilée d’un « Chto Delaï ? » d’un certain Illich Oulianov.
Clandestins d’une O.R.P., Organisation de la Résistance Populaire, au lendemain du coup d’état du 19 juin 1965, Larbi Oucherif et Habib Kharroubi débarquèrent à la ferme autogérée dont j’ai oublié le numéro. Toujours est-il que la poste admettait encore, en ce temps-là le nom de sainte Louise. J’y reviendrais.
Deux « citadins » à la campagne ne pouvaient y résider longtemps. Je leur ai proposé Hamlili, ce hameau dominant la ville de Blida. Oucherif est arrêté, il fut exposé à la terrasse du café Seksikou, place des mûriers, entouré de quatre agents de la sécurité militaire. Je n’ai pas de souvenirs précis de ce que devint Kharroubi.
De ces souvenirs fragmentaires, il ne me reste que quelques flashs de ces années d’adolescence. Un amour frustré. Baya, le premier amour, que l’alphabet latin nous mit, elle devant et moi derrière dans la salle d’examen du premier Bac. C’était la genèse de la mixité dans un pays aux interrogations multiples.
Amoureux, nous avons loupé ce premier pas. alors que je venais de redoubler ma Première, faute d’avoir été reçu au premier Bac, je fus approché par Youcef, futur Pepik des hospodas praguoises, mon frère.
Inconscients des jeux politiques de nos futurs dictateurs, nous étions prêts à être les futurs martyrs post-indépendance, par complexe d’être nés quelques années après les aînés qui firent l’histoire officielle du pays.
Aujourd’hui, la lucidité est un exil construit, une porte de secours, le vestiaire de l’intelligence. Une maladie qui mène à la solitude.
Le premier novembre 1967, en tant que dirigeant fédéral de la jeunesse du F.L.N., je suis invité officiellement à la cérémonie qui devait se dérouler au centre culturel de la ville. Blida. Mon responsable, (appelons le Y. J’en parlerai plus loin) de ce qui est désormais devenu le P.A.G.S ( Parti d’Avant Garde Socialiste) m’informât que je devais être arrêté en douceur après les festivités. Il m’exfiltra.
L’organisation triangulaire permettait d’enlever une tête pour préserver l’organisation. Je me rendis à Sidi el kebir, Lounici devait être arrêté avant moi, je me devais de le faire entrer en clandestinité. Il refusa parce-qu’il devait se marier dans la semaine. C’était à moi de disparaître pour préserver tout ce qui se situe en aval. Ils n’ont jamais été inquiétés.
Y. m’a accompagné chez ma mère. Un « copain » dont je ne me rappelle plus le nom, mit sa voiture à notre disposition.
A ma mère, je dis qu’il fallait brûler tous les documents, elle l’analphabète se réveilla avant l’aube, ramassa tout ce qui ressemblait à des écrits et s’en fut rendre visite à une tante qui avait un jardin, non loin de chez elle. Le feu purifia les futurs souvenirs.
Ayant résolu ce problème, Y. le chauffeur inconnu et moi, nous sommes dans les environs de Bouira ; un douar où nous sommes reçus, je crois me rappeler que ce fût une ancienne S.A.S. que l’armée française avait construit. Malgré l’heure tardive, notre hôte égorgea un poulet et nous avons eut droit à un couscous. J’ai un vague souvenir que sa femme ce soir-là accoucha dans cette promiscuité militante.
Le lendemain, je me rendit à la gare pour téléphoner à Blida au siège de la fédération de la J.F.L.N. On m’apprit les arrestations et que désormais j’étais recherché. Je pense que Lounici a parlé avant d’arriver au commissariat. Il n’a pas respecté les quarante huit heures de silence nécessaires à l’organisation pour couper tout lien qui permettrait à la police de remonter vers les instances supérieures.
Une autre cellule a été démantelée, celle du lycée Ibnou-Rouchd, Thami, futur Commandant aux confins du Sahara occidental s’est fait prendre pour avoir déposé dans la boîte aux lettres de ses collègues-pions les tracts et journal du P.A.G.S. Tout cela bien sûr convergeait vers le " Che".
Je ne me rappelle pas qui m’a surnommé ainsi. La barbe a toujours fait partie de moi-même. Le premier rasage s’est fait à la prison militaire de Boufarik ; j’avais dix neuf ans. Le barbier était un « collègue », un vulgaire détenu que l’administration militaire désigna à cette fonction. Bien avant le dérèglement du et des temps, cet hiver-là fut froid. En ce décembre 1967, le bassin dans la cours était toujours gelé. Avec les compagnons d’infortune, nous cassions la glace sous le regard d’Amchiche, il avait vraiment une gueule de chat. Il était le seul, parmi les gardiens qui appliquait le règlement à la lettre. Quand, après quelques mouvements d’échauffements, nous plongions dans le bassin, la solidarité entre détenus transformait, par frottement mutuel, en hammam virtuel, une saloperie militaire.
Dans la cellule, relativement grande, nous étions une douzaine. Quand les gendarmes m’ont accompagné à cette villa qui ne dénotait pas des autres sur ce grand boulevard de Boufarik qui mène vers alger ? Avec Y. ce ne fut pas un choc ; nos lectures nous permettaient d’être.
Anecdote : Arrivés dans cette prison-villa en plein boulevard, J’avais envie de faire caca. Le gardien, je l’ai analysé des années après, m’autorisa à me rendre aux toilettes, porte ouverte. En sortant, je vis Y. s’habillant. Le militaire me demanda de me déshabiller à mon tour. Nu, je me suis courbé et… j’ai toussé. Rien n’est sorti.
Je reçu une paillasse de crin et une demi-couverture. Il faisait froid en cet hiver-là. La demi-couverture nous condamnait à être et ou prendre la position du fétus. C’était l’hiver. Février arriva. Le soleil d’au dessus le grillage qui organisait notre regard, nous chantions ‘Arrouss el bahr.
Abd el ghaffar, officier ayant gagné ses étoiles comme sous-marin en Europe pour l’achat d’armes pendant la guerre d’indépendance, copain de cellule. Fils de grande tente de Mascara et tout le respect que cela nous impose. Aujourd’hui, Je me prosterne auprès de toi en cette prison où tu nous répétas la conclusion du juge militaire, le jour de ta condamnation inique, toi qui ne voulais que retrouver une vie civile : « Khams snine oua ‘annde Allah yetsamhou l’érouah » cinq ans et chez dieu, les âmes se pardonneront.
‘ammi Mohamed, voisin de paillasse, déjà vieux à mes yeux, tenait une boutique de fruits et légumes à El-Biar, un quartier sur les hauteurs d’Alger quand la S.M. (sécurité militaire, vraie police politique) le cueillit le lendemain de l’évasion de Aït Ahmed. Son drame : être le beau-frère d’un des pères de la révolution. Un matin, Amchiche ( le chat en berbère ) l’appela et le fit sortir de la cellule avec son maigre ballot. Vingt ans plus tard, par le plus grand des hasard, place de la république à Paris, une brasserie et j’avais faim.
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