l'olivier
texte paru dans un journal grec
Samiotiko vima
1984
Brulé. Oui, je dis et le répète par mon geste-feu qui devient caresse. Depuis éternellement, je te comtemple sans jamais oser te le dire.
Dès l'aube de mon être, j'ai suivit la geste du paysan louant tes formes sous des cieux differents, en des langues differentes. Toutes aboutissaient au désir d'être à ton ombre.
Assis, sous ton ombre, je me sentais souvent à l'abri des dieux et des... hommes.Je te remodelais selon mes âmes du moment. Sous mes caresses brulantes, tes formes prenaient vie.
J'étais là, Saint Augustin méditant sur les devenirs, contemplant la plaine d'Hippone, avant d'aller te retrouver au delà de cette belle Méditerranée.
Les vents qui n'ont jamais pu te faire plier m'ont jeté tel un esclave sur l'autel de l'Heraïon. Je rencontrais Asclepiade le poète et bien plus tard Yannis Ritsos qui attendait sur un banc de bois.
Bien avant que le Malvasia n'irrigue mes veines, je t'ai vu sur les pentes des montagnes et, j'ai repris le chemin de ma mêmoire pour te retrouver intacte dans mes souvenirs.
Ce jour là, j'ai décidé de te reconquerir. J'ai marché vers toi avec l'immense éspoir de re-créer le discours interrompu des siècles plus tôt, quand, adolescent tu me permettais de me cacher dans ta cheveulure.
Aujourd'hui, je te reprends, car en offrande je t'ai laissé mon âme. Le feu te brule mais en même temps, il te fait renaître tel dans les contes de mon enfance, sous la forme que je veux.
Bien sûr tu m'as offert ton huile pour oindre mes blessures et dédier mes plaintes aux déesses. Ton fruit a souvent appaisé ma faim et, de son noyau j'ai fait des chapelets pour mieux ordonner mes prières.
La brulure marque l'étérnité de son empreinte et, j'ai brulé l'Olivier pour l'inscrire dans l'image de l'homme, du paysan face à l'immensité de notre mère Méditerranée, de l'artisan creusant en ton giron le futur plateau du repas communautaire.
Ce texte a été écrit à l'occasion de l'éxposition de Hamid Lafer en grèce, travaillant sur le bois d'oliveraies brulées dans des incendies de fôrets.