Les karmous de Nazareth

Publié le par Lafer Boualem

 

Les karmouss de Nazareth

 

 

Mahmoud remontait le boulevard des orangers. Son ane était saoul, il lui chantait des hymnes à la gloire des collines alentour dont la cheveulure d'oliviers séculaires fut taillée à coup de rafales de mitrailleuses, pour le regard de la sentinelle.

 

Mahmoud ne vendait rien. Ses souvenirs se déployaient en ondes consentriques par son mutisme. L'oued Sid-el-Kebir n'est plus qu'un filet d'eau. Les tapis n'ornent plus les rochers qui le bordent aprés leurs ablutions éstivales et les enfants n'ont plus de gueltas, cette retenue d'eau faite de cailloux.

 

L'olivier est devenu triste, faute de dialogue et le napalm l'a échaudé alors qu'il ouvrait ses bras au printemps revenu. Le micocoulier fait la greve, il ne veut plus produire ses petits fruits reches, qui faute palmier-dattier faisaient le bonheur des enfants et future munition de sarbacane faite de roseaux évidés.

 

Les figues de barbarie; que l'on appelle chez nous Nazaréennes; ce fruit de l'opuntia qui malgré le réchauffement climatique se flétrit et ne sourit plus sur les places de marché et que désormais, mêmes les chèvres s'en méfient.

 

Aprés un détour par la plaine, le maltais a suivit le maitre. Les cloches des caprins se sont tues et il n'y a plus de lait dans le douar. Les seins se déssèchent faute de caresses et les rêves innassouvis refleurissent clandestinement sous le voile.

 

La pastèque ne veut plus rougir. Ses graines ont mutée et Relizane n'a plus de flûtes.Le glagli joue de la kalachnikov dans des mariages méquois et Rimiti s'est éteinte faute de tavernes. Les bouteilles de bière ont perdu leur hidjab argenté.

 

Full up. La cuvée de l'hotel ne met plus d'oiseaux dans la tête.

 

 

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