Une puce
J'irai bien chercher une puce en sa chemise
C'était un soir au milieu des dunes du desert. Elle ne connaissait que la grisaille de la banlieue milanaise. Elle se démit de ses atours pour mieux apprécier le soleil couchant. La palmeraie était belle et le sable très fin.
Lentement son corps moulait la dune. Le Simoun apportait les chants lointains du sud de notre mêmoire atrophiée. L'hérméneutique n'était d'aucun secours, seule la caresse traduisait le geste ondulant versant le sable sur les seins nus de l'amie.
Elle s'appelait Marie et lui El Magdoud. Il rêvait de nuages au dessus de ces contrées où les âmes des ancêtres rêvant d'un quatorzième étage s'égarèrent, attirés par un nord magnétique.
Nue, Marie, allongée sur le capot de la voiture bronzait sa laititude milanaise. La route d'El-oued à Biskra est rectiligne.
El Magdoud; les yeux pleins de mirages revoyait dans le lointain du désert Parme, sa ville d'adoption et les vicoli, ces ruelles de l'Oltre torrente, d'au delà du torrent pleins de camarades qui l'adoptèrent en son exil, lui qu'un prefet cardiaque lui accorda le sésame grâce à son médecin. Une estafette de police remit le passeport à la fausse adresse indiquée. Allah n'oublira jamais les justes. Un Yad vachem aux couleurs verte et blanche; disséminés alentour des regards suspicieux, ils chantent les cantiques de leur origine. Ces chants qu'ils ne désirent plus être mirologuia, ces lamentations crétoises pour enterrement.
Marie s'en fût vers la grisaille de sa ville. El Magdoud pensa aux hospoda, ces tavernes à bière qui un jour l'accueuillirent à sa descente d'avion. Il pleuvait sur Prague alors qu'El Magdoud ne portait qu'une vulgaire paire d'éspadrilles fabriquées par une quelconque société nationale, une S.N. éxilée du côté de Tiaret où officiat Laaouar Titou et son diplôme égyptien, styliste en robe pour homme. Godasses comme il en fleurissait en ces temps d'industies industrialisantes.
Il pleuvait, El Magdoud ne comprenait pas pourquoi le ciel ne chantait pas l'hymne à la joie. La couleur grise dominait le paysage. Un film en noir et blanc et une blonde d'Europe centrale souriante. Skatché babitchka, sautes grand'mère disait le gamin alors qu'elle était aveugle. La grand'mère sautait. Il n'y avait aucun obstacle qui obstruait le chemin que prit El Magdoud.
Nahr-el-amane et l'étoile Nedjma étaient restées en des mains maternelles El Magdoud en pleura l'abscence.
Le voyage fût long. El Magdoud chemina dans sa mêmoire pour atteindre les souvenirs anciens. La cheveulure de l'olivier; le fruit de l'opuntia qui,de ses épines microscopiques caressait le corps. Le puit asséché, et les soifs non assouvies.
A Parme, le brouillard couvre la plaine. Tels des chiots orphelins, ils se humèrent. Marie et El Magdoud se tâtèrent. Les dunes jumelles étaient là. Les byciclettes se jumelèrent sur le bord de l'oued qui coupe la ville de Parme en deux. C'était un hiver froid de ceux qui interpellent les rayons de soleil en nos souvenirs. Un millénaire plus tard Amel sourit. Assise, face à son écran, elle contemple un je ne sais quoi, fait d'incertitude.
Le café du village était comble, les dominos claquaient sur des tables branlantes, les moustaches se relèvaient au vue du double six. El Magdoud attendait. Le contact n'arriva jamais. Dans sa tête, il se reconcilia avec ses futurs juges; Magdouda lui fit parvenir la chartreuse de parme, une vulgaire ruine pérdue dans la campagne parmésane. El Magdoud tristéssa, les larmes retenues depuis des siècles se mirent à oindre d'autres vérités.
Tel Job, El Magdoud cria: Ne faites pas de moi un exemple, une deuxième fois.