Tagaste سوق أهراس

Publié le par Lafer Boualem

 

 

 

 

 

Il ne connait de la ville qu'une vulgaire gare aux résurgences coloniales, un guichet aux lèvres lépreuses dans un hall sentant bon l'incertitude du voyageur et... une place où des jeunes, assis autour de tables branlantes, sirotent un « moitié-moitié » oriental à ses yeux, dans une certitude post-révolutionnaire. C'était bien avant les « Harragas »modernes.

 

Le train, de Annaba qui a retrouvé son jujubiesque chemin de fer qui mène à Tunis fait escale dans la ville de St Augustin qui a oublié d'emmener son olivier vers les lointaines provinces du Nord où El Magdoud voulait s'y rendre; c'est donc là que El Magdoud se retrouva, un sac qui se voulait de sport, quelques linges, réminiscence d'ablutions hamamiques et trois nationalités dont une était fausse.

 

La vallée du M'zab est une pentapole. C'est là que Brancaleone il crociate avec Vittorio Gasman a vaincu il ne sait quels asiates en des lieux très lointains d'une mémoire immédiate. El Magdoud, avec un copain américain de passage se firent sculpteurs en une nuit pour une caisse de douze bouteilles de vins rouge. Les cavaliers du sud refusaient d'endormir leurs chevaux pour figurer une bataille. Ils commandèrent du grillage, quelques sacs de plâtre et se mirent à boire le vin salariale.

 

L'interpellation des jeunes en traversant la place mit El Magdoud en alerte. L'un d'eux, plus versé dans la « Quwada », un concept qui trouve son origine dans le misérabilisme humain. Al Quawad, rapporteur dirait un élève de CM2, sauf quand des années de vies sont en jeu et c'est ce que faisait la jeunesse de Souk-Ahras en ce temps là.

 

C'était une belle église lyonnaise, équipée d'un prêtre d'origine italienne qui coupait en deux les hosties avant de les déposer délicatement sur les langues que lui tiraient les fidèles. Les mariés rêvaient de leur futur divorce et l'œcuménisme souk-ahrassien certes post-colonial battait son plein. Après la messe et les vœux des deux désormais époux, l'ancien pasteur protestant de Souk-ahras prêcha sur le « tirer un coup licite » et le musulman n'ayant rien à dire récita la sourate d'ouverture du coran. Le vin coulait à flots.

 

El Magdoud se formait à l'habitat vernaculaire en cette contrée désertique de la vallée du M'zab et passait ses soirées, arrosées de bière sans niquab doré, sur la terrasse de l'atelier d'architecture. Un touriste italien, psychiatre de profession, lui proposa de s'appeler Sergio Gianni, ce qu'agréa El Magdoud.

 

Trois mois après cette rencontre, un jouet en plastique, un téléphone rouge arriva. A l'interieur Sergio Gianni sous la forme d'un passeport italien, instituteur était sa fonction alors que El Magdoud ne connaissait pas un mot d'italien. Le timbre du poste frontière des deux mulets à la frontière marocaine, permettait un séjour de trois mois.

 

Apprendre l'italien en quatre vingt dix leçons et se familiariser à rouler les « R ». Il s'avéra très vite que Assimil n'avait pas prévu les situations de clandestinité. El Magdoud introduisit dans son langage le « ra » arabe qui lui roule tout seul en des phrases qui se voulait françaises tout en y inoculant des infinitifs et des finales féminines.

 

Armé de ce document et d'un vrai passeport français délivré par le consulat d'Alger que l'autorité algérienne ne voulait reconnaître, se disant algérien, El Madgoud entrepris le long voyage vers une cellule souterraine du commissariat de Souk-Ahras.

 

La vie n'est qu'un rêve de papillon disait le poète japonais. Imbu de son autorité, l'officier fit attendre El Magdoud dans le couloir; mille et une question lui traversa l'esprit, surtout celle qui permettait de se débarrasser de ce putain de billet de vingt dollars accessible dans la poche de sa chemise. L'hère, policier, préposé à la garde autorisa El Magdoud de se rendre aux toilettes. Mâcher et avaler un américanisme se révéla difficile en ces toilettes commissariates.

 

Le soccorso rosso était de mise et à Ghardaïa, le steak de dromadaire malgré son « à point » restait toujours dur à mâcher. Une vieille rédaction, au lycée valut à El Magdoud un commentaire de canard boiteux

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